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Édito de Décembre 2018 – Réflexion sur la pratique du zen !

Édito de Décembre 2018 – Réflexion sur la pratique du zen !

« Le sommet atteint
Solitaire je me dresse
Le ciel pur d’automne. »
~~ Maître Ryokan

Réflexion sur la pratique du zen !

Maintenant c’est l’automne et ses couleurs somptueuses. Le sol se couvre des feuilles mortes, terreau pour de nouvelles racines. L’impermanence fait peau neuve sans s’arrêter un seul instant. C’est l’enseignement de la vacuité où se manifestent les êtres et les formes, la Présence immobile et intemporelle où tout apparaît et disparaît sans laisser de traces.

‘’Sans avant ni après’’, écrit maître Dogen, proclamant ainsi la Vérité qui respire à chaque instant dans chaque cellule de notre corps et dans notre propre coeur. Vérité qui se fait et se révèle ‘’pure conscience’’ dans notre méditation sans but. Le zen ne serait-ce pas juste l’éveil à cela ?

Connaître cet éveil implique de laisser tomber l’idée de ce que la vie devrait être, plonger dans le mystère du moment présent, considérer le gain et la perte avec un regard équanime, simplement s’émerveiller de ce qui est là où nous sommes et s’unir au mystère de la Présence silencieuse.

Il n’y a pas un chemin vers l’éveil. Le chemin lui-même est le but et à chaque instant nous marchons, expérimentons, pratiquons, non pas pour atteindre un objectif mais pour accueillir ce qui se présente à nous sans trier, sans saisir ou refuser.

Si maître Ryokan parle d’avoir atteint le sommet, c’est pour nous dire qu’il n’est pas séparé du moment présent et de tout ce qui est. Le moment présent est le sommet ! Tout est contemplation dans le ciel pur d’automne.

On n’atteint jamais le sommet, coeur de notre coeur, par un quelconque chemin. Il n’y a pas de sommet que nous puissions atteindre. La voie, la pratique c’est de ne faire qu’un avec chaque pas, soit-il grand ou petit, agréable ou douloureux, pour enfin se dresser, solitaire, dans l’espace infini de la Présence, le ciel des saisons de l’impermanence.

Cette perpétuelle et imprévisible impermanence est difficile à vivre et impossible à contrôler pour notre moi illusoire. En cherchant obstinément un bonheur qui ferait de cette vie un paradis, en se tendant vers un éveil qui serait définitif, le moi cherche sans cesse à éviter la vérité de l’impermanence. Celles et ceux qui ont conscience de cette dérobade tentent, par une démarche spirituelle, de trouver une réponse, un chemin. Le zen enseigne qu’il faut oublier le besoin de réponse et le chemin lui-même dans l’espace qui se tient au-delà du langage et de la pensée. Pensée et langage qui, quelle que soit leur clarté, ne pourront jamais appréhender la Vérité qui se révèle dans l’esprit libéré de la pensée.

La vérité de l’éveil dissout l’idée de séparation que le moi entretient continuellement, mais elle ne met pas fin à ce moi, car les conditionnements passés restent potentiellement toujours actifs et nos mémoires karmiques se réactivent tant qu’elles ne sont pas vues, acceptées et libérées. Comment voir nos obscurités si nous ne les mettons pas dans la lumière ? Le plus dur est de reconnaître toutes les facettes de notre personnage, surtout les plus sombres et les plus égoïstes !

Voilà le travail ! Il commence dans la présence d’une assise simple et sans but, consciemment accueillie, où le moi disparaît dans l’espace du silence autorisant ainsi la vision pure. Attention ! sans  cesse le moi essaiera de récupérer les fruits de la pratique, entretenant son existence illusoire avec nos doutes et nos souffrances.

S’abandonner corps-esprit à cette assise, le zazen des bouddhas et des patriarches, est le chemin du coeur qui seul nous conduit au sommet de notre propre Coeur•

Guy Mokuhô